En cette fin d’année, presque trois semaines après le passage du cyclone Chido, mes pensées vont naturellement vers Mayotte et les Mahorais. J’ai eu la chance de visiter à trois reprises ce territoire. A chaque fois, j’ai été émerveillé par son potentiel de développement mais aussi révolté, par les injustices criantes qu’il subit. Pour 2025, en tant que citoyen français de l’océan Indien, si je ne devais formuler qu’un seul vœu, ce serait que la nouvelle année rende enfin justice à Mayotte et aux Mahorais.

Une histoire singulière
Rendre justice à Mayotte et aux Mahorais, c’est se rappeler et rappeler sans cesse à tous, partout et tout le temps, la singularité de l’histoire qui unit Mayotte à la France. C’est l’histoire d’un peuple en lutte pour sa liberté, au caractère évidemment et éminemment Français. N’en déplaise à l’assemblée générale des nations unies, Mayotte ne peut être assimilée aux Comores. En 1841, l’île devient française pour se protéger des visées hégémoniques des îles voisines. Les Comores ne deviendront un protectorat français qu’en 1886 et Moroni ne devient la capitale des Comores que dans les années 1960. Dès cette époque, avec les « chatouilleuses », les Mahorais militent pour leur rattachement définitif à la France. En 1974, par référendum, ils refusent l’indépendance voulue par les Comores. En 1976, ils confirment leur choix par un nouveau référendum. En 2009, encore par référendum, ils approuvent massivement la départementalisation qui concrétise le projet d’ancrage à la France qu’ils portent alors depuis plus d’un siècle et demi.
Mettre les Comores au pied du mur
Rendre justice à Mayotte et aux Mahorais, c’est tirer pleinement les conséquences de cette histoire, notamment en étant d’une fermeté implacable vis-à-vis des Comores. Une colonisation éphémère- moins de 90 ans-ne saurait donner aucun droit définitif et surtout pas celui de contester la souveraineté de la France sur Mayotte ou d’organiser la colonisation de fait de ce territoire. Notre aide au développement des Comores et les actions de coopération régionale sont essentielles pour garantir la coexistence avec Mayotte et sa stabilité. Mais elles doivent être conditionnée strictement à la reconnaissance de notre souveraineté et à la maitrise des flux migratoires au départ des Comores vers Mayotte. Les dirigeants comoriens bi-nationaux doivent être déchus de la nationalité qu’ils trahissent. La délivrance de tout visa aux ressortissants Comoriens doit être suspendue pour l’accès à tout le territoire français, le temps nécessaire à la normalisation des relations entre la France et les Comores. De même que le droit du sol à Mayotte, même si ce dernier a déjà été aménagé. Les côtes Mahoraises doivent être réellement surveillées et défendues. La République française doit faire enfin bloc autour de Mayotte et l’Etat comorien doit en ressentir concrètement les effets.
Concrétiser la départementalisation
Rendre justice à Mayotte et aux Mahorais, c’est concrétiser la promesse d’égalité républicaine portée par la départementalisation. A Mayotte, l’égalité économique et sociale avec l’Hexagone restera un projet improbable tant que règnera l’insécurité liée à l’immigration incontrôlée. Dans la durée, le développement économique est impossible sans la sécurité. L’égalité sociale, celle du salaire minimum et celle des prestations sociales et familiales, est inenvisageable sans production de richesses économiques. Pour surmonter ces obstacles, Mayotte doit pouvoir emprunter, à tout le moins, le même chemin que celui qui a été ouvert aux autres départements d’outre-mer. Celui qui reconnait l’égalité de tous les citoyens dans la République mais organise l’égalité des droits en prenant en compte les réalités du territoire. Pour les Français de La Réunion, des Antilles et de la Guyane, ce chemin s’est appelé la parité sociale globale. Il a permis de mobiliser la part de la solidarité nationale qui était due mais non versée directement à chacun. Mutualisée, elle a contribué à financer le rattrapage en équipements dont les territoires avaient besoin. Elle a préparé l’égalité des droits et des prestations, décidée par Jacques CHIRAC en 1995, pour le salaire minimum, et en 2002, pour les minima sociaux. Pour le seul RSA, dont le montant est inférieur de 50% à Mayotte, ce sont plus de 20 millions d’euros supplémentaires par an qui pourraient être ainsi mobilisés en investissements. Ce qui représenterait, par exemple, une augmentation de moitié des crédits consacrés chaque année par l’Etat à la politique du logement à Mayotte.
Agir maintenant
Poser ces chiffres, c’est aussi rappeler combien ce qui est vital pour Mayotte reste largement à la portée de la France. C’est maintenant que ces décisions doivent être prises, au moment où toute la France a les yeux braqués sur Mayotte et réalise l’état d’abandon et de précarité de ce territoire et de la majorité de sa population. Un projet de loi va être déposé pour reconstruire Mayotte. Il ne saurait être question de réparer à l’identique, il faut refaire les fondations et inscrire dans le marbre de la loi la feuille de route concrète, les mécanismes et les moyens qui conduiront Mayotte et les Mahorais vers l’égalité et le développement.
Hugues MAILLOT
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